Pascal LamourLéclectisme accompliQui es-tu ? Je suis le résultat du quotidien de trois aspects
de ma vie : apothicaire, penseur et musicien. Jutilise sciemment des mots
anciens pour définir ce que je suis parce quils correspondent mieux à ma
réalité. Dans la pratique de mon métier, je suis plutôt un apothicaire et un
herboriste : au-delà de la compétence professionnelle moderne, je partage avec les
gens qui sont mes clients, un savoir traditionnel, que jai assimilé, comme un
élément de ma culture familiale rurale. Cest la même chose pour la musique que
jai reçue en héritage. Aujourdhui, tous ces éléments de ma vie
sentremêlent et je les prends comme ils viennent. En tirant parti des hasards ; en me mettant
dans un état : Les choses ont une âme donc les instruments de musique aussi. Je
choisis un instrument en fonction de mon état desprit du moment et je le manipule
sans réfléchir. Simplement, je le ressens. Naît une mélodie, un thème, ou un rythme,
que je développe ensuite, sil me plaît toujours autant, avec dautres
instruments quils soient acoustiques ou électroniques. Il y a pourtant bien une unité de ton dans ta musique ? Oui mais, à mon sens, elle est très clairement
liée à ma culture : au départ de la création, on pourrait dire sans fausse
modestie à lheure de linspiration, cest ce qui est au fond de moi qui
sexprime, cest donc ma culture qui remonte. Je ne réfléchis à organiser et
structurer quensuite, si au bout de quelques heures, jéprouve autant de
plaisir. Si la chose créée me replonge dans létat ou jétais lorsqu'elle a
pris naissance. Je ferai toujours appel à des personnes extérieures pour produire et pour mixer ; ce sont dautres métiers ; je suis compositeur, pas producteur ou ingénieur du son. Et il est important davoir, autour de soi des personnes qui prennent du recul. Mais je voudrais à lavenir, leur mettre entre les mains une matière de plus en plus finie. Ce quil faut, et cest le plus difficile, cest de trouver quelquun qui comprenne vraiment la musique, la travaille en la respectant pour la rendre encore mieux à elle-même. Outre LAMOUR, tu joues dans le groupe Arkàn, tu joues parfois de la bombarde en couple de sonneurs, dans des festoù-noz, tu fais aussi du mulimédia ; comment considères-tu tout cela ? Tout cela est un morceau de ce que je suis, au même titre que mon métier ou ma musique personnelle. Chaque orientation nourrit les autres, cest même essentiel : ces différents univers sentrechoquent, temmènent vers dautres terrains, rebondissent. Ainsi, le fait de jouer sur scène de la bombarde avec Arkàn ma redonné le goût du fest-noz traditionnel. Désormais je fais de la bombarde, alors quadolescent, je jouais le biniou-koz. Cest pour moi, à la fois replonger dans mes traditions, continuer à pratiquer et aussi provoquer ma créativité. Dans Arkàn, cest la confrontation avec les créations des autres musiciens qui repousse les limites de ma propre inspiration. Doù tes venu le goût pour les univers lointains que lon ressent fortement dans ta musique " ethno-celte " ? Il est vrai que lon me dit toujours que je
puise dans lunivers oriental, et je me suis même laissé aller à le dire. Mais en
y réfléchissant bien, cest tout autre chose. Je ne suis pas un voyageur ;
jécoute assez peu de musique orientale
Propos recueillis par Pascale Désagnat |
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